Dans révolution il y a rêve…

Téhéran – 1979
Dans révolution, il y a rêve. Le rêve iranien de la révolution était intimement lié à l’imaginaire poétique de ce pays, façonné par ses poètes classiques. La nuit de la révolution, l’instauration du couvre-feu et l’interdiction formelle de descendre dans la rue n’ont laissé d’autre choix aux habitants révoltés de Téhéran que de monter sur les toits. La distance établie ainsi avec la terre ferme, la proximité du ciel et des étoiles par une nuit au clair de lune, le détachement vis-à-vis de la réalité ont favorisé la rêverie collective, penchant naturel de ces persans. Ainsi la lune, ce miroir de tous les rêves, devint par un tour de magie poétique, l’écran géant où se reflétèrent les aspirations de toute la cité. Une image, une seule image s’y est trouvée reflétée. Une image décisive pour le destin de la révolution…
Sorour Kasmaï 

Sorour Kasmaï est romancière et traductrice.
Son premier roman Le Cimetière de verre revient, entre autres, sur cette nuit de la révolution iranienne où la lune est devenue la scène principale des évènements de la cité. Une révolution qui très tôt tourne au cauchemar et se met à persécuter ses propres enfants. Dans son deuxième livre, La Vallée des Aigles, sous-titré autobiographie d’une fuite, elle retrace les épisodes de sa fuite d’Iran…

Je m’en fus vers le banquet du monde.
Je m’en fus vers la plaine de détresse,
Vers le jardin de la gnose,
Vers la galerie illuminée du savoir.
Je gravis les marches de la religion.
Je m’en fus au bout de la ruelle du doute,
Jusqu’à l’air rafraîchissant de la plénitude,
Jusqu’à la nuit moite de la tendresse.
Je m’en fus rendre visite à quelqu’un
                                                  à l’autre extrémité de l’amour.
Je m’en fus jusqu’à la femme,
Jusqu’à la lanterne de l’extase,
Jusqu’au silence du désir,
Jusqu’au bruissement de l’aile de la solitude.

Les pas de l’eau Sohrab Sepehri, traduction Sorour Kasmaï

Sohrab Sepehri est l’un des plus grands poètes persans du XXème siècle. Sa poésie marquée par son mysticisme et sa modernité témoigne d’une époque désemparée. Originaire de la ville désertique de Kâshân, il lui dédie Les pas de l’eau, son plus grand poème, traduit ici par Sorour Kasmaï.

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