Jean-Christophe Bailly – Revue de presse

Jean-Christophe Bailly est né à Paris en 1949. Depuis plus de trente ans (son premier livre, La légende dispersée, une anthologie du romantisme allemand, paraît en 1978), il a publié une vingtaine de livres qui, le roman mis à part, arpentent tous les champs de l’écriture : essais (philosophiques ou esthétiques), poésie, journaux, théâtre. Si sa démarche présente, en dépit ou au-delà de cette diversité, une très grande unité, c’est d’abord parce qu’elle prend sa source dans le désir ou la volonté du poème. Le poème est le mode le plus générique à partir duquel Jean-Christophe Bailly s’est tourné vers la peinture, l’architecture, la photographie ou la philosophie. Ecrire à la frontière des genres, conduire l’écriture au-delà des genres, sur le mode de la dissémination ou de « l’étoilement », pour reprendre un de ses titres, c’est faire l’expérience de l’extériorité la plus immédiate, revenir aux choses, aux étonnantes manifestations du spectacle profane, au règne de l’éphémère et du furtif, à cette « prose du monde » (Merleau-Ponty) dont Basse continue, long poème composé de soixante « chants » en prose coupée, restitue peut-être le plus justement la rumeur et le flux indistinct. Toucher à tout, explique Jean-Christophe Bailly, ce serait peut-être répondre à tout ce qui nous touche, et l’écrivain de se réclamer de la grande trouvaille du romantisme allemand, la théorie de la dispersion et de la communication universelles des signes, en citant Novalis : « Nous vivons dans un roman colossal, en grand et en petit. » […] Jean Torrent
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Le Dépaysement, de Jean-Christophe Bailly : un chef-d’œuvre qui célèbre la France
Publié aux Editions du Seuil (coll. « Fiction & Cie »), Paris, 2011
Daniel Salvatore Schiffer, philosophe, revient sur ce livre qui exalte l’enracinement sans chauvinisme.

Il est rare, trop rare, qu’un auteur sache parler de son pays sans tomber dans le cliché littéraire ou, pis encore, verser dans un nationalisme de si mauvais aloi qu’il finit par confiner, comble du provincialisme, au chauvinisme le plus étriqué. C’est pourtant ce triple piège que réussit à éviter merveilleusement bien – l’exploit n’est pas mince – Jean-Christophe Bailly dans cet essai, « Le Dépaysement – Voyages en France« , où la connaissance du territoire le dispute, par sa subtile profondeur, à l’élégance de l’écriture.
Car Jean-Christophe Bailly, […] n’y fait pas seulement preuve d’une remarquable maîtrise, tant sur les plans historique que sociologique, de son sujet : mettre à jour, à l’heure d’une mondialisation qui n’a d’universelle que le nom, l’identité, à travers la description de ses paysages les plus inattendus comme de ses pratiques les plus méconnues, de la France contemporaine.
Il y fait montre également, y compris sur le plan poétique, d’une sensibilité que bien des écrivains d’aujourd’hui, surtout les plus coincés au sein de leur nombrilisme germanopratin, pourraient aisément lui envier.

Le « dépliement » d’un livre contre le repli d’un pays
Ainsi ce livre à la texture particulièrement originale, que l’on pourrait légitimement situer aux confins de l’essai, par sa rigueur analytique, et du récit, par sa beauté stylistique, s’avère-t-il, au fil de ses pages, comme une sorte de France « dépliée » ainsi que l’écrit fort joliment, dans la courte mais incisive critique qu’il a consacré à ce bel ouvrage, Jean-Marc Parisis : un « dépliement », poursuit ce dernier, que Bailly, esprit cosmopolite malgré son enracinement hexagonal, ne cesse d’opposer – qualité appréciable en ces temps de cloisonnement identitaire – au repli.
Bref : ce sont là, ces « Voyages en France », où l’on remarquera que le mot « voyage » s’inscrit ici au pluriel, comme l’intemporelle ouverture d’un livre contre l’actuelle fermeture du monde. C’est dire si la lecture, en ces géographies du promeneur littéraire, en vaut le détour !
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Le Dépaysement : Jean-Christophe Bailly arpente les lieux communs

Certaines lectures, selon l’expression consacrée, bouleversent nos paradigmes. La plupart du temps en fanfare, à l’instar du Manifeste du Parti communiste ou de la Société du spectacle. Mais l’essai de Jean-Christophe Bailly ne contient pas d’injonction et n’a rien d’un manuel de savoir-vivre. Sous forme digressive et déambulatoire, le Dépaysement infuse à bas bruit et réfute tranquillement les contrevérités contenues sous le label « identité nationale ». Tout en invitant à porter, par incursions successives, un regard attentif  sur ce qui pour nous, fait socle.

Philosophe ? Sociologue ? Géographe ? Poète ? Jean-Christophe Bailly , avant tout flâneur érudit, échappe aux classifications, même s’il dirige actuellement l’Ecole nationale de la nature et du paysage de Blois. Qu’est-ce que la France ? Qu’est-ce qui fait son essence, sa singularité ? La meilleure focale pour s’en approcher est sans doute l’éloignement. C’est à New York, peu après 68 et son refus de tous les formalismes identitaires, que Jean-Christophe Bailly, dans un cinéma qui projetait la Règle du jeu, a éprouvé pour la première fois, à son corps défendant, une « émotion de la provenance ». Une émotion qui n’a rien d’évidente, car dit-il, une fois qu’on a pu reconnaître dans le film de Renoir quelque chose de « tellement français », on entre en terrain piégé.
[…]
Avec Bailly, l’histoire s’insinue partout, dans un rebut ferroviaire ou dans les plis d’une banlieue sans âme, qui devient sous sa plume le théâtre d’une  épopée où le Portugal a laissé sa marque, non loin de la porte de Gentilly. Musicien de la langue, Bailly fait résonner d’un lieu à l’autre des accords et des tonalités qui montrent à quel point le paysage se fait l’écho du passage des civilisations et aussi de leurs drames. […]
Alain Dreyfus
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