Maria Efstathiadi – Nulle part est partout

Agiou Konstantinou – Geraniou – Zinonos – Léonidou – Koumoundourou – Vilara – Ménandrou – Chateaubriandou, des rues piétonnières pour le plupart, le quartier russe d’Athènes ; des hôtels aux noms étrangers évoquant des stations estivales idylliques, du linge étendu à tous les balcons en train de sécher dans les gaz d’échappement, des bureaux de change qui envoient de l’argent aux parents à l’étranger, des agences de voyages qui annoncent des aubaines avec des compagnies aériennes des pays de l’ex-Europe de l’est et des excursions en cars, partout des magasins de fourrures aux enseignes en russe, dans ces pays-là il fait froid, c’est là qu’on écoule le stock de fourrures véritables que les Grecques n’achètent plus, sur les murs des annonces en russe, des cafétérias, des pizzerias, des souvlakis, des bars, des monts-de-piété, Vilara et Koumoundourou KAISER Achète Échange Vends Bijoux en or en argent Vidéo TV Stereo Prête sur gage Accepte paiement par cartes de crédit, sur la place de petits puits devant l’église, dans une boite de carton la correspondance – pourquoi donc ? – chacun y va trier son courrier, le dimanche on se met sur son trente et un autant que possible, tous avec un portable, pas un centimètre carré de libre sur la place, dans les cafés, dans les rues avoisinantes, des queues devant les cabines téléphoniques, l’église Agios Konstantinos pleine à craquer pour la messe du matin, des fidèles de foi orthodoxe, la plupart avec de grands paquets ou baluchons à expédier dans leurs pays, bureau de transport ouvert tous les jours dit un écriteau d’un sous-sol rue Vilara, bousculade aussi au Perroquet Blanc une grande surface rue Zinonos avec une agence de voyages à l’intérieur, un café, un vidéoclub avec des films russes, un bureau d’emploi, un institut de beauté, une librairie, nous organisons tours, manifestations, fêtes, une école de langues étrangères dit la pancarte, un endroit propre, moderne, agréable, le directeur est grec, la vitrine absolument innocente, le dimanche par ici on ne voit pas l’ampleur de la misère, comme de l’autre côté, plus haut que la place Koumoundourou, rue Sachtouri, en bas rue Sophocléous, de l’autre côté des rues Ménandrou, Corinnis et Épicourou, dans le quartier des Pakistanais.  Et nous, nous sommes là à continuer de vivre notre vie festive.

Maria Efstathiadi. Traduit du grec par Jacques Bouchard

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