Pedro Kadivar : metteur en scène et auteur iranien

Ecrivain et metteur en scène, Pedro Kadivar est né en Iran. Il arrive en France en 1983 à l’age de seize ans et y continue ses études secondaires puis universitaires. Il vit une rupture brutale avec sa langue maternelle, le persan, qu’il refuse d’entendre, d’écrire et de parler pendant sept ans. Il travaille comme assistant à la mise en scène puis comme metteur en scène à Paris parallèlement à ses études universitaires en théâtre et publie ses articles dans des revues de théâtre. Ses rencontres avec Edmond Jabès à Paris en 1989 et avec Heiner Müller à Berlin en 1992 ont été pour lui, dit-il, violemment importantes. En 1996 il s’installe à Berlin, continue à publier et à mettre en scène. Il y achève une thèse en littérature sur Proust (Marcel Proust ou Esthétique de l’entre-deux, Paris, L’Harmattan, 2004), continue à écrire aussi pour le théâtre. Il retourne en Iran au printemps 2004, après vingt et un ans d’absence, et y passe quatre semaines.

Pour aller plus loin :
remue.net

Terres d’exil. Territoires d’écriture
Pedro Kadivar en résidence à l’Odéon–Théâtre de l’Europe.

Entretien avec Pedro Kadivar pour « L’Imparfait du Présent : Pays natal »
Les Francophonies en Limousin)

« On ne choisit pas sa langue maternelle tout comme on ne choisit pas de naître, et l’on s’en aperçoit après-coup. On perçoit plus tard sa propre naissance, elle nous apparaît lentement, de temps à autre, tout le long de la vie, derrière les vagues de la mer quotidienne, dans le noyau du banal, ou bien elle se révèle à nous brutalement, violemment, un éclat au cœur de l’habitude dans des moments d’extrême nudité, d’extrême solitude, la conscience d’être né un jour et de continuer à vivre depuis ce jour. La naissance est alors rendue à l’événement unique qu’elle fut, elle n’est plus anodine, plus réductible à une date et à un lieu. Et la langue maternelle ? Y a-t-il un moment, où la langue maternelle se montre à nous comme ce dont on n’a pas décidé et qui nous a fait être ce que nous sommes ? Y a-t-il un moment où on contemplerait sa langue maternelle, où on sortirait d’elle pour la contempler hors de toute langue ou bien depuis les bords d’une autre langue ? » (Pedro Kadivar.)

In remue.net – 11 juin 2012