Quand le journal Le Monde se fait le relais des clichés sur la Grèce…

Nous relayons la lettre de Michel Volkovitch à Xavier Gorce, dessinateur « humoristique » du journal Le Monde. 30 mai 2012

Lettre à Xavier Gorce, dessinateur au Monde :
Hier en ouvrant mon journal, Monsieur, j’ai trouvé ça
 [pour des raisons de droit d'auteur nous ne mettons pas le dessin, qu'on peut trouver très facilement via un moteur de recherche sur le web.
Texte du dessin (2 pingouins vautrés sur une plage, le Parthénon en fond)
"Se faire traiter de branleur juste au moment où on allait se mettre à bosser… - avoue que c'est très démotivant ! - sûr - Bosse un peu quand même : passe-moi l'ouzo"]
J’ai cru recevoir une gifle. Les Grecs, un ramassis de branleurs… J’ai cru entendre le gros rire d’Angela Merkel suivie par des millions de nantis du monde entier. Je ne savais pas que Le Monde pouvait courtiser un tel public de beaufs.

Non, les Grecs ne passent pas leur temps à glander. Tous les Français n’ont pas un béret et une baguette sous le bras. Et les dessinateurs n’ont pas tous du talent. Connaissez-vous les Grecs ? Moi qui depuis trente ans les fréquente et les traduis, je peux vous l’assurer, et une étude publiée dans Le Monde le confirme : ils ne bossent pas moins que les Allemands. Ou que les Français. Ou qu’un dessinateur fort bien payé, sûrement, pour pondre son dessin du jour en un quart d’heure. Ils bossent dans des conditions souvent plus difficiles que nous, ou s’ils ne bossent pas, c’est qu’ils passent leur temps à chercher du boulot en vain.
Les Grecs, voyez-vous, sont très attentifs au regard de l’étranger, surtout dans le creux de la vague où ils se trouvent. Le moindre signe de compréhension, d’encouragement, est précieux pour eux, accablés qu’ils sont du mépris glacé des puissants. Votre petit crobard, de ce point de vue, est d’une cruauté aussi gratuite qu’imbécile.
J’ai toujours eu un problème avec votre humour, mais là on touche le fond. Attaquez-vous plutôt aux grands de ce monde, à vos riches et arrogants nouveaux patrons par exemple, ou à Mme Lagarde, qui gagne près de quarante fois le SMIC et ne paie pas d’impôts tout en accusant les Grecs de ne pas payer les leurs. S’acharner sur les victimes et non sur les bourreaux, c’est nul, c’est lâche.
Allez donc vous faire voir, Monsieur le manchot. Mais pas chez les Grecs.

Michel Volkovitch, traducteur